lundi 23 septembre 2013

PREMIER ROMAN : Drôle d'histoire !

Un épatant roman picaresque où le rire est constamment de la partie au milieu des rebondissements les plus improbables et les plus loufoques. Vif, coloré, plein de verve et de personnages hors du commun, un premier roman français savoureusement exotique…


D'abord, il faut dire qu'il n'y a pas tricherie sur la marchandise : tout ce qui est dans le titre est dans le livre de Romain Puertolas ! Il y a donc un fakir gentiment filou et au nom imprononçable. Il y a un magasin Ikéa de la région parisienne dans lequel ledit fakir vient acheter un kisifrotsipik, le modèle de lit à clous en vogue — tellement en vogue qu'il est en rupture de stock, ce qui aura de sacré conséquences. Et il y a aussi un extraordinaire voyage pour ce fakir qui n'avait jamais quitté son village puisqu'il ne va pas se contenter de venir à Paris : il va se retrouver balloté à Londres, Barcelone, Rome et en Lybie en usant des moyens de transport les plus invraisemblables (une armoire Ikéa comme le dit encore le titre, mais aussi une soute à bagages et une montgolfière), fréquentant aussi bien les clandestins que les stars. Ah oui, car en plus de ce qui est annoncé dans le titre déjà fort long, ce roman toujours imprévisible met Sophie Marceau sur la route de notre fakir poursuivi par un taxi gitan et toute sa famille… Si l'humour n'est pas toujours très léger, il n'en est pas moins irrésistible, et on se laisse emporter sans la moindre envie de résister à la suite de ce curieux héros qui trouvera la rédemption grâce aux livres et à l'écriture. Une très joyeuse découverte !

Romain Puertolas, L'Extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea, éd. Le Dilettante, 19 €.

ROMAN FRANÇAIS : La ruée vers l'Ouest

Il faut du cran pour s'attaquer au western lorsqu'on n'est ni un homme ni un Américain. C'est pourtant ce que fait avec brio Céline Minard dans ce roman dont les personnages multiples traversent l'Ouest sauvage en direction d'une petite ville où tout va se nouer et se dénouer. Beauté de l'écriture, souffle des grands espaces, humour des dialogues… Faillir être flingué ressuscite magnifiquement le genre.


Dès le deuxième mot — chariot —, on sait, si jamais on en avait douté, qu'on est bien dans un western. Bientôt, il y en aura d'autres tout aussi familiers : Indiens, Colts, diligence, coyote, shérif, saloon… Autant dire qu'on est vite dans l'ambiance. Dans ce chariot cahotant au fil de mauvaises pistes, quatre de ces pionniers qui participent à la conquête de l'Ouest : une grand-mère hurlant de douleur, ses deux fils et son petit-fils. Ils ne sont qu'une infime partie des personnages que Céline Minard va nous faire rencontrer au fil de son récit, personnages truculents ou rêveurs, aventuriers souvent, mystiques parfois (comme l'Indienne adepte du chamanisme), habitués du genre (voleurs de chevaux, tueur à gages, joueur invétéré…) ou plus inattendus (une contrebassiste par exemple). Peu à peu, les fragments s'assemblent et on découvre avec bonheur la richesse et l'intelligence de ce livre hors normes qui revisite les codes du western et les agence à sa manière inédite. Portés par l'écriture lyrique, on est à la fois en territoire connu et ailleurs : la marque d'un grand livre et le gage d'un grand plaisir de lecture.

Céline Minard, Faillir être flingué, éd. Rivages, 20 €.


ROMAN ETRANGER : Une œuvre parfaite


C'est un grand roman américain que réussit merveilleusement Richard Ford. Le roman d'initiation d'un jeune garçon, Dell, livré à lui-même à l'âge de 15 ans et qui, cinquante ans plus tard, se souvient. Le roman d'une famille, les Parsons, brisée par un cambriolage rocambolesque. Le roman d'un pays aussi, les Etats-Unis et ses petites villes, que le narrateur fuit pour le voisin, ce mystérieux Canada qui donne son titre au livre…


Construit en deux parties — les péripéties qui ont abouti à ce que les parents si mal assortis de Dell tentent un improbable casse dans une banque, puis l'exil au Canada du jeune garçon qui y rencontre un homme fascinant et dangereux et prend sa vie en mains —, Canada est d'abord une merveille littéraire. On est ébloui par la sensibilité avec laquelle Richard Ford raconte cette histoire, saisissant à la fois l'espace américain dans toute son ampleur et l'intimité de son jeune narrateur jusque dans ses moindres frémissements. On aura compris que Canada n'est pas vraiment un roman d'action même s'il s'y passe de multiples événements : un vol, des crimes, une fuite, un passage clandestin de frontière, des bagarres… C'est bien plutôt un récit d'apprentissage, une réflexion sur la vie, sur la construction de soi et, plus que tout, sur la quête éperdue du bonheur : "On essaie, comme disait ma sœur. On essaie, tous autant que nous sommes. On essaie." Ce sont les dernières phrases de ce livre majestueux et touchant, souvent nostalgique et parfois drôle, peut-être le plus abouti d'un auteur majeur de la  littérature américaine (Une saison ardente, Indépendance, Rock Springs, etc.). Et c'est tout un programme…

Richard Ford, Canada, éditions de l'Olivier, 22,50 €.

samedi 21 septembre 2013

C'est ouvert !











C'est avec un grand plaisir que Magali et Nathalie vous souhaitent la bienvenue sur le blog de Calligrammes, la librairie de Sens et du Sénonais.
Ici nous parlerons plus tranquillement, en prenant notre temps, en ne cherchant pas à résumer notre sentiment sur un livre en quelques mots rapides, en développant ce qui nous a amené à garnir ces ouvrages d'un bandeau vous les conseillant. Il se peut aussi, parfois, qu’on ne parle pas de livres dans l’actualité, juste parce que nous les aimons.
Ici nous suivrons les chemins traçants où nous entraîneront nos lectures, telles les rhizomes d’un bambou. Ici nous serons pleinement des lecteurs passionnés et volubiles. Il y aura donc des coups de cœur de toutes sortes, des informations sur nos événements, d'autres choses peut-être, on verra avec le temps.
On ne vous promet pas des mises à jour quotidiennes mais fréquentes et régulières, ça oui, on s’y tiendra.
Bienvenue à toutes et tous !