lundi 31 mars 2014

NOUVELLES : De drôles de gens

L'art de la nouvelle, c'est de varier les plaisirs. Pour son premier recueil, Fabien Pesty y parvient sans peine, maîtrisant aussi bien l'humour (noir) que l'émotion, le réalisme que l'absurde. Au fil de ses quinze histoires, on croise une galerie de personnages savoureux troussés d'une plume alerte et inventive.

Un départ familial en vacances, la caisse d'un péage et son occupante, une boîte de cigares et son gangster de propriétaire, un requin-marteau chargé d'arbitrer le conflit enDieu et Darwin, quelques personnes âgées plongées dans de drôles (et moins drôles) aventrures, un acheteur d'éthylotest… On ne va pas lister ici les nombreux personnages qui peuplent cette Cour des innocents qui porte bien son titre, puisque, comme le dit l'auteur, aucun d'eux n'est coupable de ses actes (même fous) : "ils étaient victimes d'eux-mêmes au moment des faits." Alternant les genres et les registres, jouant le décalage ou la tendresse avec la même séduisante désinvolture, Fabien Pesty parvient en permanence à surprendre son lecteur, tant par ses sujets que par l'inventivité de ses formules. Souvent grinçant, son style n'est pourtant jamais méprisant pour les petites gens qui sont les sujets de ses textes et qu'il croque à belles dents : "Le vilage n'avait rien de funky : entre chaque ferme un bistrot, et entre chaque bistrot, une ferme. La principale activité des autochtones consistait donc à puer le crottin en buvant des verres de blanc. Et à enterrer des gens." Plaisir garanti.

Fabien Pesty, La Cour des innocents, Paul&Mike éditions, 12 €.

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