vendredi 27 mars 2015

POLAR : Retour gagnant pour Fred Vargas

Onzième aventure pour le commissaire Adamsberg, le héros désabusé des romans de Fred Vargas. Au programme de ces Temps glaciaires ? Un sanglier, Robespierre, l'Islande, des suicides, de drôles de symboles et beaucoup d'autres choses improbables et pourtant formidablement agencées. Du pur plaisir de lecture !

Chaque roman de Fred Vargas est un événement que les nombreux fans de la reine française du polar attendent avec impatience. Est-ce vraiment du polar d'ailleurs, la question se pose à chaque fois, tant Vargas aime mélanger les genres, usant tant du fantastique que de l'Histoire pour corser ses intrigues, privilégiant toujours les atmosphères et les personnages plutôt que ses énigmes très complexes. Temps glaciaires ne déroge pas à la règle, débutant par la chute d'une vieille dame qui laisse une lettre sur le trottoir, une bone âme se chargeant de la poster, enclenchant un processus fatal. En disant cela, on n'a rien dit de ce qui va se révéler au cours de ce roman qui verra le commissaire Adamsberg et ses habituels adjoints partir pour l'Islande sur la trace de deux cadavres, et croiser la route de fans de la Révolution Française qui répètent sans fin les grands discours de Robespierre alors que les morts s'accumulent, accompagnés d'un curieux signe qui évoque à la fois un drôle de H et, peut-être, une guillotine… Rien n'est simple ici, à part le pur plaisir que l'on prend à suivre cette aventure très noire où le fanatisme bien dans l'air du temps est de la partie. Art du dialogue qui fait mouche, sens de la surprise et de l'incongru, goût très sûr du détail et surtout talent incroyable pour donner corps à la moindre silhouette qui traverse ses pages : Fred Vargas est ici à son meilleur !

Fred Vargas, Temps glaciaires, éd. Flammarion, 19,90 €.

vendredi 20 mars 2015

ROMAN ETRANGER : La voix de l'Afrique

C'est une belle voix venant d'Afrique que celle de cette jeune romancière nigériane dont Americanah, le troisième roman, évoque, avec précision, intelligence et beaucoup d'humour la condition des femmes noires aussi bien en Amérique qu'au Nigéria. Brillant.

Americanah, c'est le mot utilisé pour ces immigrés africains devenus trop américains aux yeux de leurs compatriotes.  Americanah, c'est ce qu'est devenue, depuis treize ans qu'elle vit aux Etats-Unis, l'héroïne de cette saga formidable, blogueuse et conférencière célèbre qui ne cesse de se confronter à la question du racisme et à celle de la condition noire… Ele utilise notamment pour le faire une métaphore capillaire qui dit des choses ben plus profondes et sérieuses qu'il n'y paraît. C'est d'ailleurs toute la richesse de ce livre écrit par une auteure découverte avec L'Autre moitié du soleil (consacré à la guerre du Biafra) que de savoir marier une réflexion très riche autour de l'identité et de l'exil avec un sens du détail et de l'humour qui font toujours mouche. Americanah ne se contente pas de dresser ainsi le portrait d'Ifemelu choisissant de rentrer au pays, il dote la jeune femme d'une histoire d'amour compliquée, puisqu'elle la lie depuis l'enfance à un homme qui a choisi de s'installer en Grande-Bretagne avant, lui aussi, de rentrer au Nigéria pour y faire fortune… Brillamment construit, écrit avec beaucoup d'élégance et de subtilité, Americanah donne à apprécier une très belle voix de la jeune littérature africaine.

Chimamanda Ngozi Adichie, Americanah, éd. Gallimard, 24,50 €.

lundi 2 mars 2015

POLAR : Crimes à Sens

La mort s'invite à Sens dans le dernier polar de Jacques Saussey, auteur local à la plume féconde et très noire. Et pas n'importe quelle mort : celle de cinq enfants. C'est dire l'horreur qui règne en ville dans ce neuvième volume des aventures de Luc Mandoline, surnommé l'embaumeur en raison de son métier…

Jacques Saussey, l'auteur sénonais bien connu de Quatre racines blanches et de L'Enfant aux yeux d'émeraude, n'est pas l'inventeur du personnage haut en couleurs qu'est Luc Mandoline, thanatopracteur de son état, et enquêteur de nature. L'Embaumeur est en effet une série de romans (neuf à ce jour) confiés chaque fois à un auteur différent, mais dans lesquels on retrouve les mêmes personnages principaux. Dans Sens interdit[s], Jacques Saussey se glisse avec habileté dans le cahier des charges de la série, instillant une bonne dose d'humour noir (et parfois graveleux) à une intrigue par ailleurs horrible (y a-t-il pire que des meurtres d'enfants ?) et tendue à l'extrême, qui commence avec la découverte du cinquième cadavre d'enfant en deux mois sans que rien ne laisse supposer autre chose qu'une série d'accidents. Jusqu'à ce que l'embaumeur s'en mêle… Tout va très vite dans ce polar aux chapitres très courts, qui se faufile dans les arrières-cours d'une bourgeoisie locale où les secrets sont innombrables, très lourds et bien souvent sexuels… Jacques Saussey signe ici ce qu'on appellerait outre-Atlantique un page turner, c'est-à-dire un de ces livres qu'on n'arrive pas à lâcher, et où chaque page donne envie de se précipiter sur la suivante, pour arriver à une conclusion pour le moins surprenante. Autant dire que cette ballade dans un Sens bien peu touristique mérite le détour…

Jacques Saussey sera à Calligrammes pour y dédicacer son livre le samedi 14 mars toute la journée.

Jacques Saussey, Sens interdit[s], éd. L'Atelier Mosésu, 13 €.