mercredi 27 mai 2015

PREMIER ROMAN : On the road again

Les majestueuses Montagnes Rocheuses dévastées par de puissants incendies forment le décor de ce road trip, où un jeune homme se retrouve confronté, au fil de ses rencontres, aux secrets de sa famille… Un premier roman canadien noir, ambitieux, tragique et brillant.

Entre Alan, jeune homme un peu paumé dont la thèse et le couple vont à vau-l'eau, et Cecil, son grand père qui l'a élevé, il y a un chaînon manquant. Jack, fils de l'un, père de l'autre, perdu de vue depuis trente ans. C'est à sa recherche que va partir Jack, après un infarctus de Cecil, parce qu'il faut bien un jour tenter de renouer les fils du passé. Et c'est sur sa trace brouillée qu'il va faire des rencontres qui vont changer sa vie…  Pour son premier roman, le Canadien D.W. Wilson impressionne par son sens du récit, par son art de la composition et par la force d'une écriture qui sait tout à la fois être âpre et séduisante, poétique et rude. On y trouve ce type de phrases qui posent un style, une ambiance, un univers : "J'ai caressé une cicatrice sur ma joue, à peu près aussi longue qu'un canif et je me suis interrogé un instant sur les morts et les disparus." Dans Balistique, c'est un long et douloureux chemin vers son passé, son histoire, ses racines, qu'entreprend Alan West. Avec ce titre qui siffle comme une balle filant vers sa cible, c'est un coup de maître que signe D.W. Winston.

D.W. Wilson, Balistique, éd. de l'Olivier, 24 €.

dimanche 24 mai 2015

ALBUM JEUNESSE : Nos amies les souris !

Le dernier né des éditions de la Renarde Rouge, basées à Véron, est un petit chef-d'œuvre d'humour et de grâce. En racontant les aventures illustrées d'une jolie petite souris blanche et de ses cousines, Joëlle Brière charme grands et petits…

Elle s'appelle Aspirine. Elle est toute blanche et, comme dit son oncle, ne manque pas de cachet. Ses quatorze cousines avec qui elle est élevée, sont, elles, de mignonnes souris grises, et portent les doux noms de Globuline, Saccarine ou Scarlatine… On le voit, la fantaisie est à l'honneur dans cet album où s'égrennent les courtes histoires, toujours écrites avec drôlerie et intelligence : Aspirine se lance dans la peinture, Aspirine plonge dans un bain pour devenir encore plus blanche, Aspirine devient star malgré elle… Il y a un chat bien sûr qui rôde, quelques humains aussi dans la grande maison où vit la famille souris, mais ils restent à l'arrière-plan de ces tendres histoires illustrées avec beaucoup de talent et de finesse par Evelyne Bouvier. Comme toujours chez la Renarde Rouge, cet album qui plaira aux petits comme aux grands bénéficie d'une très belle qualité de fabricaion qui ne fait que renforcer le plaisir de lecture.

Joëlle Brière, Evelyne Bouvier (illustration), Aspirine, une souris qui a du cachet…, éd. de la Renarde Rouge, 15 €.


ROMAN ETRANGER : Sur la terre comme au ciel

L'an dernier, à près de 90 ans, James Salter publiait son dernier roman, le magnifique Et rien d'autre. Et on redécouvrait l'un des plus grands auteurs américains. Pour la gloire, son premier livre, lui, était inédit en France. Erreur enfin réparée. Et cest un nouvel émerveillement.

"Il était fréquemment conscient de ne pas vouloir mourir. Ce n'était pas pareil que de vouloir vivre." Celui dont il est question ici  s'appelle Cleve Connell, il est capitaine dans l'armée américaine plongée dans la guerre de Corée, et il ne désire qu'une chose au fil des engagements : devenir un as, c'est-à-dire un de ces rares pilotes à avoir réussi à abattre cinq avions ennemis… Ce n'est pourtant pas un livre sur la guerre ou sur les combats, pas un roman exaltant les valeurs masculines comme on pourrait le craindre. James Salter, ancien pilote de chasse lui-même, dès ce premier roman écrit à 30 ans, en 1956, est bien trop subtil pour cela. Ce qui l'intéresse, ce n'est pas le fracas des batailles aériennes, ce n'est pas la quête de l'héroïsme : ce sont les petites fêlures de la personnalité de son personnage central, ses espoirs déçus, ses doutes, ses contradictions… La prose lumineuse, limpide, précise de Salter (l'auteur des merveilleux Un sport et un passe-temps et Un bonheur parfait) a contribué à faire de ce livre un classique aux Etats-Unis. Il nous arrive avec beaucoup de retard : raison de plus pour s'y précipiter !

James Salter, Pour la gloire, éd. de l'Olivier, 21 €.