lundi 23 novembre 2015

ROMAN FRANÇAIS : Affaires de famille

Joël Dicker retrouve Marcus Goldman, le héros de sa triomphale Vérité sur l'affaire Harry Québert, et le plonge dans l'histoire de sa famille le temps d'un formidable récit initiatique.

On se demandait bien comment le jeune romancier suisse Joël Dicker rebondirait après le triomphe de son précédent roman, La Vérité sur l'affaire Harry Québert. On a désormais la réponse avec ce foisonnant Livre des Baltimore, à la fois très différent et très proche du précédent roman. Différent car il n'y a pas d'enquête ici — même si ça ne veut pas dire qu'il n'y a ni secrets ni suspense, bien au contraire ! Et proche parce qu'on y retrouve Marcus Goldman, l'écrivain qui nous avait déjà guidé dans les méandres du précédent bouquin. Ici, c'est dans l'histoire de sa propre famille que Goldman plonge et nous plonge, pour l'écrire et lui redonner vie. Une histoire qui le voit grandir au côté de ses cousins Hillel et Woody, qu'il retrouve aux vacances et qu'il aime et admire. On suit ce Gang des Goldman au fil des années, au gré d'une construction qui multiplie les retours en arrière et les sauts dans le temps, au fil des découvertes, des aventures, des espoirs, des amours et des tragédies qui se nouent. Car il y a une tragédie fondamentale dans cette histoire, un Drame qui en a enclenché d'autres, un Drame avec un D majuscule qu'on découvrira au final et vers lequel tout amène… Joël Dicker n'a rien perdu de son efficacité dans ce livre, ni dans son écriture ni dans sa manière de nouer les intrigues. Le Livre des Baltimore est riche en rebondissements et en révélations sur les deux branches de la famille Goldman, les éclatants Baltimore et les ternes Montclair. Son talent diabolique, c'est de ne jamais nous laisser le choix : impossible de ne pas tourner la page tant on veut tout savoir sur ses héros, attachants, séduisants et inoubliables ! En attendant le troisième épisode des aventures de Marcus Goldman…

Joël Dicker, Le Livre des Baltimore, éd. de Fallois, 22 €.

mardi 17 novembre 2015

RECIT : Ça déménage !

De famille en famille, de maison en maison, d'homme en homme, de ville en ville, Nicole Rivault n'a, depuis quarante ans, jamais cessé de déménager jusqu'à atterrir à Sergines. C'est ce drôle de parcours plein de plaies et de bosses qu'elle raconte dans ce récit très personnel. Nicole Rivault dédicacera Petite Nini deviendra grande à Calligrammes le samedi 21 novembre.

"J'ai eu une drôle de vie mais pas toujours marrante" écrit avec humour et lucidité Nicole Rivault dans Petite Nini deviendra grande, premier volume de ce qui s'annonce comme une trilogie où elle raconte, au gré de ses multiples déménagements depuis l'enfance, son parcours. Vivant désormais à Sergines, au nord de l'Yonne, elle raconte avec verve et sans jamais s'apitoyer les multiples changements de sa vie de petite fille abandonné par ses parents, passant d'une famille d'accueil à un foyer, d'une école à une autre famille, d'une mère adoptive à une grand-mère, puis d'un flirt à un mariage, puis un autre, puis d'autres hommes… Rien ne semble stable dans cette "drôle de vie" qu'elle fourgue chaque fois plus ou moins complètement dans une valise avec l'espoir qu'ailleurs, dans une autre ville ou un autre appartement, cela sera mieux… Elle ne donne guère de détails dans ce texte rapide, réservant ceux-ci aux volumes à venir de cette autobiographie sans concessions. Le texte principal est suivi d'un ensemble de poésies de l'auteure qui complète son portrait.

Nicole Rivault, Petite Nini deviendra grande. Tome 1 : Nini chemine entre prose et poésies, éd. 7 écrit, 16,90 €.

mardi 3 novembre 2015

ROMAN ETRANGER : Rédemption

L'Irlande verdoyante sert de cadre à ce roman dont le noir est la couleur dominante. Car c'est un drame que raconte ici Paul Lynch, avec un magnifique lyrisme. Le drame d'un homme qui essaie de retrouver sa place dans son pays d'origine…

1945. La guerre terminée, Barnabas Kane décide de quitter ce New York où il a trouvé refuge des années auparavant, pour rejoindre l'Irlande de son enfance. Il a 33 ans, une femme, un fils, et choisit de s'installer dans une ferme du Donegal, sa fascinante région natale au nord de l'Irlande. Sauf que rien ne va se passer comme il aurait pu l'imaginer. Ses voisins sont hostiles (on le traite de "faux-pays", autant dire de traître), le sort s'acharne (sa ferme brûle, une bonne part du troupeau trépasse dans l'incendie, comme un de ses employés), et le malheur rôde à chaque bout de la lande… Il n'y a guère d'espoir dans le second roman de Paul Lynch après le très célébré Un ciel rouge, le matin qui parlait déjà, sur un mode très différent, de l'émigration. Ses personnages y avancent inexorablement vers un destin tragique dont on n'imagine jamais qu'ils puissent y échapper. Cela pourrait être pesant pour le lecteur, étouffant, presque insupportable. Or le très grand talent de Lynch, c'est justement de ne pas se laisser enfermer dans cette noirceur, grâce en particulier à un style extrêmement brillant et lyrique, nourri des paysages, des décors, des lumières de ce pays qu'il connaît bien, dans sa rudesse et sa beauté indissociables. Roman tragique, roman d'une vengeance mais aussi roman d'une rédemption, La Neige noire est inoubliable.

Paul Lynch, La Neige noire, éd. Albin Michel, 20 €.