jeudi 17 décembre 2015

BEAUX LIVRES : Charlotte forever

Redécouverte en 2014 grâce au roman de David Foenkinos Charlotte, lauréat du Prix Renaudot, Charlotte Salomon, peintre morte en déportation à 26 ans, est la star de cette fin d'année grâce à deux ouvrages donnant à voir son travail…

Tous ceux — et ils sont nombreux — qui ont fait la connaissance de Charlotte Salomon à travers le roman passionné que David Foenkinos a consacré en 2014 à cette artiste juive morte à Auschwitz à l'âge de 26 ans, avaient envie d'en savoir plus sur l'œuvre de cette surdouée. C'est désormais possible grâce à deux ouvrages qui se complètent parfaitement et offrent le portrait complet de cette femme à la vie aussi brève qu'intense. Le premier est une réédition du roman de Foenkinos accompagné d'une cinquantaine de gouaches signées Charlotte et de quelques photos de la jeune femme, prises à Berlin et à Nice où elle s'exila en 1940 avant d'être envoyée vers les camps de la mort. 
Mais c'est bien le second ouvrage qui fait événement car il s'agit rien moins que d'un livre exceptionnel et d'une première mondiale. En effet, jamais Vie ? ou théâtre ?, le livre composé par Charlotte Salomon durant ses deux années de création intensive avant de trouver la mort en 1943, jamais ce livre monstre regroupant près de 800 peintures, des dizaines de calques sur lesquels elle composait des textes qui leur font écho, non, jamais ce livre inouï, unique, magistral n'avait été édité nulle part dans le monde. Que ce soit une petite maison d'édition française, Le Tripode, qui s'en soit chargée est d'autant plus formidable qu'ellea réalisé là un travail à la qualité irréprochable et à la beauté éclatante. Ce coffret carré pesant plus de 4 kilos est une merveille qui donne à voir et à comprendre la modernité de l'œuvre de cette artiste longtemps méconnue enfin ressuscitée.

David Foenkinos, Charlotte, éd. Gallimard, 29 €.
Charlotte Salomon, Vie ? ou Théâtre ?, éd. Tripode, 95 €.

lundi 14 décembre 2015

BANDE DESSINEE : Amis pour la vie

Les trois vieillards acariâtres et rebelles qui ont fait, depuis deux ans, le succès des deux premiers volumes de la série des Vieux fourneaux, sont de retour pour une aventure aussi drolatique que mélancolique. Non seulement on adore, mais on en redemande !

Troisième volume pour Les Vieux fourneaux et troisième bonheur de lecture ! Derrière le dessin très précis, extrêmement expressif et presque réaliste de Lupano se dissimule une comédie sociale caustique qui sait aussi être très émouvante et aborder des sujets d'importance et très actuels : ce n'est pas pour rien que ça démarre par une manif contre le lobby des pesticides (avec déguisement d'abeilles à la clé), et qu'on parlera aussi délocalisations, urbanisation sauvage, poids de l'Histoire (ici l'Occupation). On ne rit donc pas bête dans cet album, comme dans les précédents, à suivre les aventures de Mimile, Antoine et Pierrot, les trois retraités pétaradants, farouchement décidés à croquer la vie à pleins dentiers. Après ses deux compères dont les précédents volumes ont dressé les portraits, c'est au tour de Mimile, le bourlingueur qui s'est si souvent embarqué sur les eaux du Pacifique, de se retrouver au centre du jeu et de voir son passé lui revenir comme un boomerang… Mauvaise foi mais beaux idéaux, caractères de cochon mais solidarité inébranlable, humour potache mais articulations qui grincent… ces Vieux fourneaux réjouissent d'un bout à l'autre. La réussite de la série est due notamment à la complicité sans failles entre le scénariste (Lupano) et le dessinateur (Cauuet) : il fallait bien ça pour raconter ces formidablement amusantes histoires d'amitiés.

Wilfrid Lupano, Paul Cauuet, Les Vieux fourbeaux, tome 3 : Celui qui part, éd. Dargaud, 11,99 €.

vendredi 11 décembre 2015

BEAU LIVRE : L'art du livre

Fragonard. Van Gogh. Fernand Léger. Renoir. Arcimboldo. Valloton… C'est un générique prestigieux qui défile dans ces pages. Des peintres célèbres et d'autres moins dont les tableaux s'ornent de livres et de bibliothèques. Autant d'images que l'essayiste Robert Bared décrypte avec précision.

Il y a des femmes qui lisent, des livres cachés dans un coin d'un tableau, d'autres qui tapissent le fond d'une pièce, des ouvrages ouverts et des livres fermés, des livres sacrés et de sacrés bouquins, il y a tout cela et plus encore dans les peintures regroupées dans ce beau livre érudit qui parcourt l'histoire de la peinture de la Renaissance au XXè siècle, sous l'angle de la présence des livres à l'image. Précédé d'une préface comme toujours précieuse signée Pascal Quignard, ce riche ouvrage aux reproductions irréprochables (Citadelles & Mazenod est un gage de qualité non usurpé) permet de découvrir les différentes symboliques de la présence du livre dans les tableaux les plus divers, que ce soit la connaissance, le pouvoir, la position sociale, la solitude, la création… Cette diversité de sens se retrouve dans la variété déjà évoquée des situations où les peintres (les plus méconnus comme les plus célèbres : Van Gogh, Fernand Léger ou Fragonard, dont un tableau fait la couverture) décident de représenter des livres. Les analyses de l'auteur sont tout à la fois savantes et élégantes, révélant les arrières-pensées des artistes comme l'arrière-fond culturel de leur création. Beau livre et livre intelligent, cela ne va pas toujours de pair. C'est le cas ici, sans l'ombre d'un doute.

Robert Bared, Le Livre dans la peinture, éd. Citadelles & Mazenod, 69 €.

mercredi 9 décembre 2015

BEAU LIVRE : Vroum ! Vroum !

Après avoir exploré la Grande Guerre l'an dernier, les archives du luxueux magazine L'Illustration servent de support à ce très beau livre qui retrace les premières décennies de la passion automobile, grâce à des textes et des centaines d'images d'époque.

L'Illustration fut, au tournant du XIXè et du XXè siècle, le plus grand magazine du monde, un titre luxueusement illustré auquel collaboraient les plumes les plus brillantes, et qui offrait à ses lecteurs un reflet somptueux et spectaculaire de leur époque. Après avoir utilisé, avec un beau succès, les archives de L'Illustration pour un volume consacré à la Première Guerre mondiale, les éditions Michel Lafon réunissent ici dans un album tout à fait passionnant des centaines de textes et d'images (publicités incluses) retraçant la grande aventure de l'automobile telle que racontée dans L'Illustration. Si ce sont les dessins et les images qui attirent le regard, il ne faut pas négliger de se pencher aussi sur les textes de ce recueil. Car si la plupart sont signés par les journalistes spécialisés de la revue, d'autres sont l'œuvre de Paul Morand, Edmond Rostand ou Jules Renard… Cet album fait revivre, en temps réel, les évolutions des voitures mais aussi les changements de vocation des véhicules : d'abord réservés aux riches oisifs qui s'en servaient pour leurs loisirs, ils se démocratisent, et s'aventurent dans les contrées les plus reculées, permettant ces odyssées fantastiques que furent la Croisière Jaune et la Croisière Noire dans les années 1930. Destiné aux passionnés d'histoire, aux passionnés d'automobile et aux passionnés d'images, ce beau livre est un cadeau tous publics !

L'Illustration - L'automobile : histoire d'une révolution, 1880-1950, éd. Michel Lafon, 39, 95 €.