samedi 22 octobre 2016

ROMAN ETRANGER : Trois paumés en cavale

Trois ans après son extraordinaire Le Diable, tout le temps, l'Américain Donald Ray Pollock confirme ici qu'il est une des plumes les plus noires et inspirées du moment…

C'est l'histoire d'une cavale, celle de trois frères, les Jewett, en 1917. Leur père mort à la tâche les ayant laissé sans le sou, les voilà qui décident de changer de vie. Finis les harassants travaux des champs, ils se rêvent hors-la-loi et braqueurs de banques. Autant dire que ça ne va pas forcément se passer comme ils l'avaient imaginé, transformant le western qu'on attendait en road movie au fil de leurs mauvais coups plus ou moins rentables, et surtout de leurs rencontres. Pollock excelle dans l'art de dresser un portrait en trois phrases, et ce roman fourmille de personnages hauts en couleurs que vont croiser Cane, Cob et Chimney, que ce soit pour le meilleur ou pour le pire. Dans tous les cas, c'est cruellement drôle, car on découvre une nouvelle dimension du talent du romancier : son humour. Pour le reste, on retrouve tout ce qu'on avait aimé dans Le Diable, tout le temps. La noirceur. L'énergie. La façon de mettre en mots la violence. Le sens de l'action et aussi celui des espaces. Une mort qui en vaut la peine est aussi un roman de décors et d'atmosphère. A travers ces trois pieds-nickelés tentant d'échapper à leur destin en suivant l'exemple du seul guide dont ils disposent — un roman d'aventures populaire qu'ils lisent et relisent —, c'est toute une époque que l'auteur fait resurgir : la pauvreté des campagnes, la transformation des villes, le développement de la voiture, le triomphe du capitalisme industriel, la rumeur de la guerre européenne… Il n'y a pas de morale chez Pollock, et l'humanité n'y apparaît pas comme très reluisante. Pourtant, difficile de ne pas ressentir de l'empathie et de la compréhension pour ses trois paumés, plus naïfs que méchants, plus losers que tueurs. Un pur moment de bonheur.

Donald Ray Pollock, Une mort qui en vaut la peine, éd. Albin Michel, 22,90 €.

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