mardi 29 novembre 2016

ROMAN FRANÇAIS : Les tueuses

Un matin d’août 1969, la Californie se réveille et découvre le meurtre terrifiant et sauvage de l’actrice Sharon Tate et de quatre autres personnes. Simon Liberati est parti sur les traces de ce crime qui a marqué la fin du Summer of Love et en a tiré un roman étourdissant.

Simon Liberati aime les portraits de femmes. Il aime aussi plonger dans le passé. Et il sait comme personne raconter les destins fracassés. C’est ce qu’il avait si bien réussi avec Jayne Mansfield 1967 (prix Fémina 2011) et Eva, l’an dernier, dans lequel il mettait en scène son épouse, Eva Ionesco, devenue célèbre presque malgré elle en raison des photos érotiques prises par sa mère lorsqu’elle était pré-adolescente dans les années 1970. California girls est dans cette lignée, convoquant cette époque folle entre fin des sixties et début des seventies, ressuscitant une star juste avant sa mort, et se penchant sur des vies de filles, paumées, brisées, sous influence, trois adolescentes droguées qu’un gourou a transformé en tueuses sans pitié. Car ce sont bien elles, ces gamines perdues fascinées par Charles Manson, qui sont au centre de ce roman, trois filles crasseuses, droguées, fanatisées qui massacrent dans une longue scène insensée l’actrice, enceinte de huit mois, et ses invités, avant d’utiliser son sang pour écrire le mot PIG… Liberati les saisit quelques heures avant ce déchaînement et les abandonne quelques heures après, concentrant son attention sur ce moment où tout bascule et tout se cristallise dans l’horreur. Et c’est peu dire que c’est fascinant. Parce qu’on y croise des noms ultra-connus bien sûr : Sharon Tate et son mari Roman Polanski, mais aussi Charles Manson, ce minuscule musicien raté (il mesure 1,54m) devenu chef d’une meute de zombies qu’il appelle la Famille. Parce qu’y revit une époque, celle du flower power, des Beach Boys et des Beatles, et de sa liberté ici dégénérée. Parce qu’il y a ces filles surtout, Susan, Patricia et Linda, immatures, immorales, sales, subjuguées, sexuellement abusées, “fières de leur mauvaise réputation comme des couronnes de fleurs perlées qu'elles volaient dans les cimetières” et qui tuent avec volupté. Le réalisme de l’écriture est parfois insoutenable, et c’est bien la force incroyable de ce roman que de ne jamais détourner les yeux pour tenter d’appréhender le chaos. Un livre puissant.

Simon Liberati, California girls, éd. Grasset, 20 €.